L’association Accélérateur de particules poursuit son opération Les Ateliers Ouverts pour un second week-end. Les 21 et 22 mai, le public peut découvrir les coulisses de 132 ateliers d’artistes, répartis dans toute l’Alsace.
BRODEUSE DE MODE, CHINEUSE DE PRÉCIEUX…
Nathalie Berizzi, alias Le Bal de Madame B, ouvre son atelier à La Trézorerie, et expose son travail créatif.
Telle une passeuse de mémoire de notre patrimoine collectif, je chine aux quatre coins de l’Europe pour créer des pièces d’exception, matières premières nobles, anciennes et naturelles, perles, fils et paillettes, pour en raconter des histoires immuables, que l’on transmet, que l’on exhibe, qui perpétuent l’idée même du trousseau de famille avec une valeur ajoutée de collage, d’impression, et de broderie moderne.
LE PROCESSUS CRÉATIF .
Le processus de réalisation est long et aléatoire. Il dépend essentiellement du butin, de la source première, des matériaux trouvés imparfaits et uniques, de la matière, du tissage et finition particulière et irrégulière, traces, tâches, de leur réaction à l’eau, à la pression de l’encre et poids des passementeries anciennes, qui y seront appliquées et à la part de hasard à laquelle le BAL DE MADAME B tient absolument. Le savoir-faire de ses petits points de broderie folle s’agencent pour obtenir un décalage moderne par le fil et perpétuent ceux déjà cousus, traces du passé. Célébrer ces toiles simples par l’ornement. Apparaissent des personnages romanesques, dandy, héros, héroïnes androgynes et théâtraux, issus des collages de MADAME B, un rien venimeux, les yeux dans les yeux, tels que nous rêverions peut-être de l’être, la nécessité de cultiver un monde à soi, l’extra-ordinaire.
La sensibilité comme puissant moteur d’inspiration, pour passer d’un monde à l’autre, le passé et l’avenir se mêlent, dans une atmosphère d’artifices à la mode chimérique. Ces réalisations constituent le prolongement d’une garde-robe raffinée et sophistiquée, rêvée, pour mener le bal. Accrocher une de ces toiles, déclenche un sentiment précieux, exhiber une présence fantasmagorique, à huis clos, sublime le quotidien. Conserver vivant un éternel sentiment d’émerveillement et d’émotion.
SAUVER DE L’OUBLI ET TRANSMETTRE CES TEXTILES, C’EST L’HISTOIRE DE CE PROCESSUS.
Chiner des histoires particulières, des vêtements de nuit ou du linge de lit, refuge de l’intimité ayant servi à faire naître, à se vêtir, ou à mourir.
Chemises ou draps, portés à même le corps, voués à disparaître avec la personne qui en a eu usage… Toiles ordinaires, elles reflétaient la richesse des familles, à usage domestique, trousseaux de religieuses, des gens les moins fortunés, des campagnes de France, humbles et modestes, qui, de génération en génération, pudiques et anonymes, se sont transmis et partagés ces habits austères, solides, mais précieux.
Il s’agit réellement d’un hommage rendu, d’un engagement pris avec ces matériaux trouvés, qui constituent le ciment qui nous lie à nos ancêtres, rares et précieux, ils sont une création mémorielle responsable.
Voir l’article sur Zut Magazine, par Robin Schmidt :
« Nichée au fond d’une cour de la rue du Fossé des Treize, La Trézorerie est à l’abri des regards. Ce nouvel espace collaboratif, dédie à la valorisation des collections privées et du patrimoine collectif, profite des Ateliers Ouverts pour se lancer en grande pompe. Autour d’Alain Berizzi et Nathalie Berizzi-Graux gravitent collectionneurs, brocanteurs et artisans pour parler de leurs collections personnelles. Madame B. (comme Berizzi) l’inaugure avec ses créations : des vêtements brodés, parfois imprimés, ornés de pièces chinées. »
« Dans un coin du local, une commode vintage attire notre attention. Sous sa vitrine, on distingue des dizaines de bocaux remplis de perles, de pierres et de boutons. Les tiroirs débordent d’une multitude de tissus. « J’ai accumulé des choses précieuses, de la passementerie, des choses qui venaient de salles de spectacle, de théâtres », confie-t-elle. Au-delà d’une simple collection, Nathalie Berizzi-Graux aspire à « rendre [ces matériaux] actuels en les sortant de l’oubli », comme pour leur « rendre justice ». De A à Z, l’artiste reste seule maître du processus de création : couture, impression, brossage et cirage du tissu, c’est elle qui s’en charge. Sont privilégiées les étoffes qui témoignent d’un vécu, qui portent « des imperfections, la trace de la main qui l’a cousue ou des raccommodages ». »
« Arrière petite-fille de modiste et petite-fille de couturière, la passion pour la collection apparaît dès l’adolescence. « J’ai toujours chiné des objets, tissus et textiles anciens […] je faisais aussi les friperies, de la récupération », affirme-t-elle. Son inspiration, Madame B. la puise dans son histoire familiale, les contes pour enfants et les textes d’Alain Bashung. Une atmosphère « assez noire », selon elle, qui contraste avec les couleurs apportées par les perles et les paillettes. La brodeuse s’inspire aussi d’anciennes revues de mode qu’elle chine, pour réutiliser des dessins et séries qui la touchent. « Faire du neuf avec du vieux », résume-t-elle.
Pour cette ancienne étudiante de l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, les Ateliers Ouverts sont aussi l’occasion de prendre du recul et d’échanger autour de ses créations. « On travaille souvent en coulisses, sans avis. Avoir pu parler avec tant de gens bienveillants et curieux m’a permis d’y voir un peu plus clair dans mon travail », explique-t-elle. Pour la première fois, elle observe ses oeuvres de loin, exposées aux yeux de tous. « J’ai souvent le nez dans mon travail, avec une lumière forte. Quand on est constamment dans son petit univers, on perd la notion de ce que l’on crée ». À l’arrivée, tout le monde y gagne. »
















